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Alice Schwarzer im Interview mit "Le Figaro"

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LE FIGARO: Qu’a fait Angela Merkel pour l’égalité entre les sexes ?
ALICE SCHWARZER Par son existence seulement elle a fait beaucoup. Maintenant les petites filles en Allemagne peuvent s’imaginer devenir coiffeuse ou chancelière! Je me souviens durant l’hiver 2005, après son élection, j’avais invité des enfants avant Noël. Je leur avais dit jouer dehors et de faire des bonshommes de neige. Quelques minutes plus tard une bande de petites filles a frappé à ma porte et crié : "Alice, les garçons cassent notre Merkel de neige!" Bien sûr, je ne leur avais jamais parlé de la chancelière… Mais juste quelques semaines après son élection, les petits garçons organisaient déjà la résistance ! Dès le début, Angela Merkel a été sous-estimée. Après son élection, les sociaux-démocrates mais aussi son propre parti ont cherché durant des semaines à l’empêcher de diriger. C’était absurde. L’Allemagne n’était nullement prête à avoir une femme à sa tête. Et aujourd’hui, on l’appelle "la femme la plus puissante du monde".

Quel regard portez-vous sur elle ?
Les Allemands aiment son style, peu importe leur orientation politique. Elle s’oc- cupe des faits et ne pose pas. C’était tellement soulageant après Schröder et Fischer, ces coqs. Il y a des gens qui aimeraient que Merkel soit plus controversée. Personnellement, je trouve qu’elle fait bien son job. Je ne lui reprocherais qu’une seule erreur : avant même la crise migratoire, elle n’a pas perçu la différence entre l’islam et l’islamisme, entre la religion et l’idéologie politique. Elle a été finalement assez protestante dans son attitude : elle n’a voulu parler que du respect envers les autres religions. De cette fausse perception sur la politisation de l’islam ont découlé de nombreuses erreurs. Aujourd’hui, un jeune musulman sur deux ou sur trois pense que "les lois de Dieu" l’emportent sur l’État de droit. C’est nouveau et un retour en arrière. La troisième génération de musulmans en Allemagne parle moins l’allemand que leurs grands-parents, à cause de la propagande islamiste, qui leur déconseille de s’intégrer. Au nom d’une fausse tolérance, on n’a pas fait face à cette propagande menée par des forces réactionnaires soutenues par l’étranger, comme l’Arabie saoudite, l’Iran ou la Turquie.

Vous avez été souvent critiquée, ainsi que votre journal Emma, pour vos positions contre l’islamisme. On vous a accusée de racisme…
C’est ainsi partout dans le monde. Quand on critique l’islam politique, on est accusé d’être islamophobe ou raciste. En Allemagne, ça pèse encore plus lourd à cause de notre histoire. Mais c’est un instrument d’intimidation. Si on n’ose pas nommer la réalité, on ne peut la changer. Ce qui est raciste, c’est de laisser la majorité des musulmans non fondamentalistes seule, livrée à la minorité radicale. Ce sont eux, qui ont droit à notre solidarité – et les filles et les femmes doivent avoir les mêmes libertés que nous.

Les agressions commises par des étrangers lors de la Saint-Sylvestre à Cologne le 1er janvier 2016 ont marqué une rupture…
Ce n’était pas une addition d’agressions individuelles, c’était une manifestation collective. Sur cette place, face à la gare où les événements se sont déroulés, on ne fête pas le Nouvel An d’habitude. À Cologne, la fête se déroule au bord du Rhin, avec le feu d’artifice. D’une manière ou d’une autre, le mouvement a été concerté : les petits groupes de 10 à 20 hommes se détachaient de la foule de mille à deux mille hommes, ils agressaient les femmes et s’y réfugiaient ensuite. 624 femmes ont porté plainte ensuite pour agressions sexuelles! Ces hommes étaient mus par un mélange d’idées patriarcales et d’islam politique. À Cologne comme au Caire, il s’agissait d’intimider les femmes qui à leurs yeux n’ont rien à faire dehors la nuit et d’humilier les hommes qui sont trop bêtes pour protéger leurs femmes. À mon avis, cette nuit de Cologne était une nouvelle forme de ce que Gilles Kepel appelle le « djihadisme par le bas ».

Qu’est-ce que ces événements ont changé en Allemagne?
La nuit de Cologne a fait basculer le climat qui est passé d’une trop grande naïveté à de trop grands préjugés, surtout envers les réfugiés. C’est notamment parce que ni la politique, ni les médias en Allemagne n’ont jamais fait la distinction entre la religion de l’islam et l’idéologie islamiste. C’est aussi la raison principale de l’échec de l’intégration depuis des années, longtemps avant les réfugiés. Les politiques n’ont jamais voulu évoquer ce problème, ni le parti de Merkel, ni les sociaux-démocrates et surtout pas les Verts. La chancelière a elle aussi sous-estimé cette situation. Personne ne s’est opposé en Allemagne à l’offensive de la propagande islamiste internationale. Personne n’est allé dans les quartiers pour dire aux jeunes comment ils pouvaient s’intégrer. Personne n’a protégé les femmes et les jeunes filles. Les islamistes donnent du fric aux parents pour que les filles portent le voile ! Ensuite sont arrivés les réfugiés. Ils viennent aussi de cultures où les femmes sont sans aucun droit et considérées comme mineures. Même le plus gentil des garçons a été élevé ainsi. Le chemin sera long pour changer les esprits. Il faut aussi protéger les femmes réfugiées. Il y a eu des viols, de la prostitution forcée. Elles sont à la merci des hommes dans les centres d’accueil. On ne devrait pas le dire pour ne pas être accusé de racisme ?

En parle-t-on assez durant cette campagne électorale?
C’est "l’éléphant dans le salon", comme on dit en allemand. Il est là mais personne ne veut le voir. C’est pourtant le sujet numéro un de préoccupation des gens. Aucun parti n’en parle vraiment sauf l’AfD. En ce qui concerne l’islamisme, le programme de l’AfD n’est pas raciste, même si certains de ses membres s’expriment de manière raciste. Le reste du programme est évidemment une catastrophe. Mais les partis démocratiques n’auraient pas dû laisser la critique de l’islamisme à la droite populiste, comme l’AfD, et aux extrémistes de droite. Mais ils s’inquiètent de perdre l’électorat turc. C’est absurde: vu que les musulmans sont les premières victimes de ces criminels.

L’ouverture des frontières en 2015 a-t-elle été une erreur?
Au moment où la chancelière a ouvert les frontières, presque tout le monde s’est enthousiasmé. Nous étions enfin de bons Allemands et après avoir fait de si méchantes choses dans notre histoire, nous aidions de pauvres gens. J’étais fière moi aussi. J’ai commencé à douter quand j’ai vu les gens applaudir dans la gare de Munich. Mais pourquoi applaudissaient-ils? Quelle était cette mise en scène ? Et qui arrivaient là chez nous? Pendant six longs mois, il n’y a eu aucun contrôle. Assez vite, je me suis demandé alors, quelles difficultés se poseraient à l’avenir. Sans doute, il nous faudra deux ou trois générations pour réussir l’intégration. À condition qu’on fasse enfin la distinction entre la religion de l’islam – toléré – et l’islamisme, auquel il faut enfin faire face, à Berlin comme à Paris.

Das Interview führte Nicolas Barotte, es erschien am 24. September 2017 in Le Figaro.

 

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